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Archive pour mai 2009

Le patriote constitutionnel : Jacques Yvan Morin

Mardi 19 mai 2009

Notes pour une allocution prononcée le 18 mai 2009 à l’occasion du Gala des patriotes 2009
du Rassemblement pour un pays souverain

Le privilège m’est conféré, et je remercie le président du Rassemblement pour un pays souverain Benoît Roy de m’avoir investi d’un tel privilège, de présenter le récipiendaire du Prix Louis-Joseph-Papineau 2009, le Vice-Premier ministre Jacques-Yvan Morin.

Rendre hommage à Jacques-Yvan Morin, comme le fait le Rassemblement pour un pays souverain, est un geste de reconnaissance à l’égard d’un homme dont le parcours politique a été consacré à la recherche, comme ce fut le cas de Louis-Joseph Papineau auquel le nom de Jacques-Yvan Morin sera dorénavant associé par le prix qui lui est attribué ce soir, de la liberté et de l’indépendance pour sa nation.

Si Louis-Joseph Papineau affirmait dans son célébre discours 17 décembre 1867 devant l’Institut canadien « que nous devons être non seulement soucieux de conserver les droits qui sont acquis, mais que, par la libre discussion, nous devons nous efforcer sans cesse d’en acquérir de nouveaux », le professeur Jacques-Yvan Morin mettait l’accent, un siècle plus tard, en sa qualité de président général de la Commission d’organisation des États généraux du Canada français et dans son propre discours d’ouverture du 23 novembre 1967, sur le droit à l’autodétermination qui ouvrait la voie à l’adoption d’une résolution dans laquelle il était affirmé que « [l]es Canadiens-Français  constituent une nation, [que l]e Québec constitue le territoire national et le milieu politique fondamental de cette nation [et que l]a nation canadienne-française a le droit de disposer d’elle-même et de choisir librement le régime politique sous lequel elle entend vivre ».

Précédée d’une solide formation juridique acquise aux universités McGill, de Cambrigde et de Harvard et d’une vie académique qui a fait de lui, en 1957 et à 27 ans, le premier professeur de carrière en droit international à l’Université de Montréal, la vie politique de Jacques-Yvan Morin a été marquée par de grands moments et d’éminentes fonctions. Son célèbre duel avec les ministres René Lévesque et Pierre Laporte sur la formule Fulton-Favreau au Centre social de l’Université de Montréal en 1965 et sa présidence du Mouvement national des Québécois de 1971 à 1973 comptent parmi ces grands moments. Son élection comme deputé de Sauvé et sa désignation comme chef de l’Opposition officielle en 1973 ainsi que sa présence auprès du Premier ministre René Lévesque et au sein de son Conseil exécutif de 1976 à 1984, en une qualité de Vice-premier ministre, lui auront également permis de servir l’État québécois. Son service public a été assumé successivement dans des responsabilités ministérielles relatives à l’Éducation, de 1976 à 1980, au Développement culturel et scientifique, de 1980 à 1982, et aux Affaires intergouvernementales, de 1982 à 1984.

Comme l’ont reconnu toutes les personnes qui ont évolué auprès de lui, Jacques-Yvan Morin a exercé l’ensemble de ses fonctions avec un souci de rigueur et le sens du devoir. Mais, c’est aussi la vision qui aura caractérisé et caractérise encore aujourd’hui la contribution du lauréat du prix Joseph-Papineau de 2009 au débat public, et, il n’est pas trop tôt pour l’affirmer, à l’histoire nationale du Québec. Cette vision s’est traduite en particulier par l’importance que revêt pour Jacques-Yvan Morin la place des droits fondamentaux dans la quête de libertés pour les Québécois et les Québécoises. Ainsi, la proposition d’« Une charte des droits de l’Homme pour le Québec » formulée en 1963 par le professeur Jacques-Yvan Morin n’est pas étrangère à l’adoption par l’Assemblée nationale en 1975, alors qu’il est chef de l’Opposition, de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. Cette charte québécoise contient d’ailleurs des droits économiques et sociaux si chers au professeur Morin, mais dont l’enchâssement demeure encore aujourd’hui, et selon lui, inachevé.

À ce legs durable de Jacques-Yvan Morin à l’histoire des institutions du Québec s’ajoute un combat dans lequel je me suis également lance - et dans lequel je continuerai de m’investir corps et âme - pour une Constitution québécoise. Auteur d’un avant-projet de Constitution du Québec préparé à la demande de René-Lévesque (remis à celui-ci le 21 mai 1985) et que j’ai rendu public- grace à la complicité de la chef du Parti Québécois Pauline Marois le 18 janvier 2008, Jacques-Yvan Morin s’est fait l’avocat d’une loi fondamentale visant à présenter dans un texte constitutionnel authentiquement québécois nos valeurs nationales, nos droits fondamentaux et nos institutions démocratiques et à doter ainsi la nation québécoise d’une constitution, qui en serait, pour reprendre ses propres mots, « certes le miroir, mais aussi le portrait idéal ».

En cela, monsieur Morin, vous êtes un patriote constitutionnel, notre grand patriote constitutionnel. Votre patriotisme constitutionnel n’est tout à fait celui que définit Jürgen Habermas et n’entre aucunement en conflit avec cette volonté de consolider l’identité nationale québécoise. Mais, il se nourrit d’un combat pour la garantie effective des droits fondamentaux et l’émergence d’un État de droit exemplaire pour la nation québécoise.

Si nous sommes déterminés ici à mener à terme le projet de pays de René Lévesque, je crois que nous vous devons, et je m’engage devant vous à y contribuer, de travailler à doter le Québec d’une constitution qui sera à l’image de celle que vous avez pensée, et que vous voulez, pour notre nation.

Votre amour de cette nation a été conjuguée avec l’amour pour votre épouse Élisabeth Gallat-Morin que je salue et à laquelle un hommage est également dû ce soir. Celle-ci vous a généreusement accompagné durant votre parcours d’homme politique et nous la remercions de vous avoir partagé avec nous pendant toutes ces années. Vous l’avez aussi soutenu dans sa propre recherche musicologique qui s’est traduite par une grande découverte, celle du Livre d’orgue de Montréal, et par production scientifique remarquable. Votre vie commune, dont sont issus deux enfants, neuf petits-enfants et un arrière petit-enfant fort attachés à leurs grands-parents, est une source d’inspiration.

Tout en vous invitant à continuer d’apprécier cette vie commune et familiale, je crois pouvoir parler au nom des personnes qui sont rassemblées ici ce soir pour célébrer la mémoire des Patriotes et rendre hommage à celui que vous êtes devenu, en affirmant que nous comptons toujours sur vous, monsieur le Vice-premier ministre, pour travailler à l’avènement d’une Constitution québécoise, mais aussi et surtout à l’émergence en cette terre d’Amérique française d’un pays libre et indépendant à la naissance duquel vous aurez tant contribué.

À un grand patriote et du fond du cœur, à Jacques-Yvan Morin, merci et félicitations.

Indépendance et identité en Écosse et au Québec : le goût du pays

Jeudi 7 mai 2009

Le 5 mai 2009, j’ai participé à Édimbourg le 5 mai 2009 à un séminaire sur l’indépendance et l’identité organisé par le ministre écossais Michael Russell. Titulaire des portefeuillles de la Culture, des Affaires extérieures et de la Constitution au sein du premier gouvernement indépendantiste écossais dirigé par le First Minister Alex Salmond, celui-ci a été chargé à ce titre de donner un élan à la « National Conversation ». Lancée en août 2007, cet exercice vise à permettre, comme l’énonce le document Choosing Scotland’s Future: A National Conversation: Independence and Responsibility in the Modern World, « au peuple d’Écosse d’examiner toutes les options relatives à l’avenir de leur pays et de prendre des décisions informées  » (traduction).

Le ministre Russell, qui a été parmi les premiers députés du Scottish National Party (SNP) élus au nouveau Parlement écossais le 6 mai 1999 et que j’ai connu alors qu’il occupait- au lendemain de sa défaite électorale du 1er mai 2003- la fonction de directeur general du SNP, s’intéresse à la situation politique du Québec et à l’évolution de son mouvement indépendantiste. Dans cette perspective, il souhaitait que partage avec ses conseillers, et avec d’autres universitaires, les leçons de l’expérience québécoise.

Gouvernées par le Chatham House Rule en vertu de laquelle « les participants sont libres d’utiliser l’information reçue, mais ni l’identité ni l’affiliation des conférenciers, ni celle d’aucun autre participant, ne peuvent être révélées » (traduction), je ne suis pas en mesure de révéler le contenu des interventions du ministre et des autres personnes présentes. Je suis autorisé à reprendre ici quelques remarques que j’ai formulées à cette occasion.

J’ai exprimé l’idée générale selon laquelle le projet d’indépendance nationale mérite aujourd’hui d’être abordée davantage sous l’angle de son contenu identitaire que de celui de sa mécanique référendaire. J’ai souligné notamment les initiatives récentes du Parti Québécois ayant notamment conduit à la présentation d’un projet de Loi sur l’identité québécoise et d’un projet de Constitution québécoise et l’accueil favorable qui avait été réservé à ces projets dans l’opinion publique.

J’ai insisté également sur l’importance devant être accordée à la dimension internationale d’un projet de pays et l’attrait que suscite notamment auprès des jeunes l’argument voulant que l’indépendance nationale procurerait une véritable « identité internationale » et aurait comme conséquence, comme l’a affirmé le Manifeste pour la souveraineté adopté par le Parti Québécois, que « nous parlerons et agirons en notre nom sur la scène internationale ». S’agissant de  l’Écosse et faisant référence à une exposition sur les identités européennes que j’ai vu à Paris la semaine précédente, j’ai d’ailleurs fait remarquer à mes interlocuteurs que l’identité européenne de l’Écosse était passée sous silence dans cette exposition et que seule l’accession à l’indépendance permettrait à l’Écosse de devenir membre de l’Union européenne et de voir son identité européenne véritablement reconnue.

Un débat intéressant a eu lieu sur la questions des institutions d’une Écosse indépendante et d’un Québec indépendant, et en particulier sur les institutions de télédifussion et de radiodiffusion. L’importance de la BBC en Écosse et de Radio-Canada au Québec m’a amené à rappeler l’importance pour l’Écosse et le Québec de se doter d’institutions nationales dans le domaine des communications. J’ai rappelé l’existence de Télé-Québec et d’un Mouvement Radio-Québec proposant la création d’une radio publique québécoise.

Le gouvernement du Scottish National Party ayant l’intention de présenter un projet de loi sur le référendum, dont il a d’ailleurs inclus un modèle (Referendum (Scotland) Bill) dans le document Choosing Scotland’s Future, j’ai rappelé le choix qu’avait fait le gouvernement de René Lévesque de faire adopter une Loi sur la consultation populaire de portée générale. Tout en indiquant l’importance de mettre en place une infrastructure juridique pour permettre à la population de s’exprimer sur le statut politique d’une nation, j’ai indiqué que le progrès vers l’indépendance nationale sera assuré par des gestes visant à consolider l’identité nationale et internationale et à donner aux citoyens et citoyennes « le goût du pays ».



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