JOUR DU SCRUTIN

Tous sont au rendez-vous ce matin ! J’aperçois le président du CIEMEN Aureli Argenti sur le pont près la Plaza Catalunya de Girona et lui serre la main en un jour qu’il considère important pour sa nation catalane. Mon camarade observateur, le syndicaliste corse Jean-Luc Morucci, arrive à son tour… au pas de course ! Nous retrouvons Joan Albareda i Serra, notre accompagnateur de la journée. Après avoir salué d’autres accompagnateurs, nous prenons la route et Joan nous présente le programme de la journée. Nous commencerons notre mission d’observation dans la ville d’Olot et la terminerons dans celle de Lladó. Nous visiterons aussi les municipalités de de Vilanant. Et nous rentrerons en fin de journée à Girona pour le dévoilement des résultats à la Casa de cultura (Maison de la culture).
Narcis Ribes, qui est maire de la municipalité de Montagut et un élu de la nouvelle formation indépendantiste Reagrupament, nous accueille à Olot. C’est avec lui que nous ferons la tournée des bureaux de scrutin (col·legis electorals). Nous nous rendons à un premier bureau de scrutin et y retrouvons une chef de scrutin qui tient à inviter de vive voix, et à 9 h précises, les électeurs et électrices à voter. J’ai d’ailleurs saisi ce moment démocratique, qu’observe également le président du CIEMEN Aureli Argemi sur la photographie ci-après :
Pendant la matinée, nous effectuons la visite de cinq autres bureaux de scrutin situés dans le centre de la ville d’Olot. Mon collègue Jean-Luc Morucci et moi-même faisons nos devoirs d’observateurs en posant des questions sur l’identification des électeurs et des électrices ainsi que sur la neutralité du personnel électoral. Dans l’un des bureaux de scrutin, mon collègue corse me fait d’ailleurs remarquer que les bulletins du OUI sont en plus grand nombre que les bulletins du NON sur les tables. Il suggère, avec raison, qu’il pourrait s’agir d’une atteinte à la neutralité. Le personnel électoral accepte de corriger la situation et de mettre, s’agissant du nombre de bulletins visibles, le OUI et le NON à armes égales. Après la visite des bureaux de scrutin d’Olot, nous nous rendons au quartier général pour rencontrer le responsable de l’ensemble des bureaux de scrutin dans la ville d’Olot. Le notaire Alfons López Tena est sûr de lui et nous présente à 13 h les données préliminaires de participation (Avenç de participation) qui révèlent que 4 977 personnes sur une possibilité 27 633 ont voté (les votes par anticipation ont été intégrés à ces données), soit une proportion de 18,01 %. Je note que le document qu’il nous présente compare cette proportion des voix exprimées aux pourcentages obtenus à la même heure lors des dernières élections aux parlement européen (18, 62 %), catalan (25,49 %) et espagnol (40, 08 %) ainsi que lors des referenda sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe (22,10 %) et sur le nouveau Statut d’autonomie de la Catalogne (23, 80 %).
Nous prenons la direction de la petite commune de Cistella où nous allons observer le votation dans son bureau de scrutin unique…situé à l’entrée d’un restaurant ! Après avoir salué les deux officiers électoraux, nous sommes accueillis par le propriétaire du restaurant qui a consenti à ce que son établissement puisse servir la démocratie catalane. Le repas est d’ailleurs l’occasion pour moi de faire remarquer les bulletins de vote qui sont utilisés dans les différentes villes comportent de légères différences, certains faisant référence à la « Catalunya » et d’autres utilisant les mots « nació catalunya ». Ils comportent par ailleurs tous la mention « intégrât en la Unió Europea », ce qui n’était pas le cas lors du scrutin que j’avais observé lors de la première vague de consultations populaires le 13 décembre 2009. Nous sommes rejoints à Cistilla par Núria Casademont qui assume des responsabilités pour le scrutin pour l’ensemble des villes de la « comarca » (district) et que j’avais également rencontrée en décembre. Je lui pose quelques questions sur l’organisation du scrutin d’aujourd’hui et sur les leçons apprises par les organisateurs depuis la première vague. Nous retrouverons d’ailleurs celle-ci, ainsi que sa collaboratrice (et excellente photographe !) Núria Masó, à la fin de notre tournée comme vous le verrez plus loin dans le journal d’aujourd’hui !

Visite du bureau de scrutin-restaurant à Cistilla!
Il nous reste deux villages à visiter. D’abord Vilanant où la musique a envahi le bureau de scrutin ! Les membres de la chorale locale présentent un programme des chants catalans. J’écoute avec intérêt et admiration ces chanteurs et chanteuses qui ont décidé d’ajouter une dimension culturelle à l’expérience démocratique. À la fin du concert, le président du CIEMEN me donne l’occasion, et la donne aussi à Jean-Luc Morucci, de m’adresser à la foule réunie pour ce concert. Je rappelle l’importance que revêt selon moi la culture et la musique dans la vie collective d’une nation. Après ce moment aussi spécial qu’émouvant, nous échangeons avec le directeur du bureau de scrutin dont le français impeccable et qui, au grand plaisir de mon camarade corse, a vécu dans l’Île de la Beauté. On apprend d’ailleurs qu’il ne manquerait qu’une voix dans cette municipalité pour atteindre le 50 % des suffrages exprimés. On rencontre de même le maire de la ville qui nous dit être très fier d’avoir collaboré –y compris en offrant la liste électorale municipale- avec les autorités responsables de la consultation.
C’est dans la ville de Lladó que nous terminons notre travail d’observation. Nous sommes attendus dans cette jolie petite ville de 591 habitants puisque les deux Núria ont annoncé que nous y serions avant que le bureau de scrutin ne ferme à 20 h. Nous y sommes accueillis de façon chaleureuse et la place centrale du village bourdonne d’activités. Les personnes responsables du scrutin répondent patiemment à mes questions et, après une journée si longue, accueillent avec courtoisie et gentillesse les électeurs et électrices. Elles portent d’ailleurs un T-shirt qui permet de les reconnaître et qui a été confectionnée pour l’occasion. Je suis toutefois victime de ma curiosité ! En demandant ce que signifie cette main aux doigts rouges reproduite sur les T-shirt, j’apprends que celle-ci réfère à une légende attribuant à Wilfred 1er, comte de Barcelone, dit « le Velu » l’origine des 4 bandes rouges du drapeau catalan. La légende veut que celui-ci « se fit reconnaître de Salomon et lui imposa un duel. Mortellement blessé, Salomon fut étendu sur le sol. Son adversaire plongea alors la main dans la plaie saignante et traça sur un écu d’or quatre traces verticales du bout des doigts : le drapeau ou “ senyera ” catalan était né, ” Sang et or”, et pas “rouge et jaune” il y a plus de 11 siècles… ». Et je suis invité, comme le sera aussi Jean-Luc Morucci et notre accompagnateur Joan Albareda i Serra, à laisser une empreinte de ma main, qu’on enduit de peinture noire et rouge, sur une longue banderolle en papier. En voici l’illustration :
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Joan Albareda i Serra |
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Núria Maso, Daniel Turp et Núria Casademont
Au moment de quitter Lladó, l’ancien maire de la ville insiste pour que nous visitions la mairie qui est logée dans l’ancien Monastère de Santa Maria de Lladó. Cette chanoinerie augustine a été recyclée d’une façon intelligente et accueille aujourd’hui les services municipaux. Qu’il s’agisse du cloître, du portail aux archivoltes ornementées ou des dépendances monastiques, l’effort de préservation de cet élément du patrimoine religieux datant du XIIe siècle est remarquable. Je ne peux m’empêcher de penser aux recommandations qui avaient été formulées en 2005 par la Commission de la culture de l’Assemblée nationale du Québec - dont j’étais alors le vice-président- dans son rapport intitulé Croire au patrimoine religieux et qui n’ont guère trouvé d’échos dans le projet de Loi sur le patrimoine culturel (Projet de loi no 82) présenté par la ministre québécoise de la Culture le 18 février 2010 dernier.
Nous réussissons à quitter Lladó un peu avant 20 h et nous voilà sur la route du retour pour Girona. Nous y arrivons à 21 h et avons rendez-vous avec les responsables du scrutin de Girona ainsi qu’avec les autres personnes ayant effectué l’observation internationale à la Casa de Cultura de Girona. Il y a une activité fébrile tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de cette maison de la culture où seront d’ailleurs dévoilés les résultats. Dans un amphithéâtre rempli à capacité, les résultats dans les municipalités de Girona sont dévoilés, comme le sont également ceux pour les autres villes de la Catalogne. L’annonce suscite des applaudissements et des cris d’approbation…et l’hymne national catalan Els Segadors est entonné avec passion par des citoyens et citoyennes d’une nation fière.

Le tableau des résultats rendus publics par la Coordinadora Nacional per la consulta sobre la independencia permet de constater que le taux de participation a atteint 20,1 % et que les 213 356 suffrages pour le OUI représentent 92,5% des votes exprimés. Les résultats détaillés par les 214 municipalités où ont été tenus des scrutin sont accessibles en cliquant ici.

Dans les heures qui suivent le dévoilement à Girona, je reçois un courriel de Jordi Jordana qui a organisé - dans les locaux de l’Université du Québec à Montréal et au nom de Catalans al Quebec per l’Autodeterminació / Catalans au Québec pour l’autodétermination- un référendum sur l’indépendance nationale de la Catalogne au Québec. La participation s’est élevée à 42.35 % (36 personnes sur 85) et les résultats obtenus sont les suivants : 91.67 % OUI, 2.78 % NON et 5.55 % BLANC.
Des référendums ont également été tenus au Pays-Bas, en Irlande et en Suisse. Il y a, de toute évidence, des Catalans et Catalanes qui sont favorables à l’indépendance nationale comme le révèlent les données du tableau suivant :
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Avant de mettre fin à une journée qui aura marqué la vie nationale catalane, je retrouve Agusti Nicolau-Coll, le Québécois d’origine catalane, qui souhaite que nous nous offrions un souvenir de cettte soirée du 25 avril 2010. Et c’est Arnau Flórez i Canals du CIEMEN à qui est confiée la tâche d’assurer la pérennnité de ce moment et dont la photographie ci-après est l’œuvre :

Daniel Turp et Agusti Nicolau-Coll
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En marchant vers mon hôtel situé non loin de la Cathédrale, je ne peux m’empêcher de penser à l’imposante mobilisation de la société civile en faveur de l’indépendance à laquelle les référendums d’aujourd’hui ont donné lieu et aux enseignements qui doivent en être tirés au Québec. Mais les Catalans et les Catalanes doivent penser quant à eux à la prochaine vague de consultations qui se déroulera le 20 juin 2010 à Sabadell…une ville catalane de plus de 200 000 non loin de Barcelone. À suivre donc !

