Journal d’une mission en Galice (Jour 3) (27 octobre 2010) « Le blogue politique de Daniel Turp

Journal d’une mission en Galice (Jour 3) (27 octobre 2010)


Parlement de Galice

La troisième journée de mission en Galice commence au Parlement de Galice. Le directeur de la Fundaction Galiza Sempre Xabier Macias a comme mission de me faire connaître l’institution parlementaire galicienne et de me faire rencontrer les députés et députées du Bloc nationaliste galacien (BNG) qui y siègent. Né au moment de la création des autonomies en Espagne en 1981, le Parlement de Galice est unicaméral et compte 75 députés. Le Parti populaire y détient une faible majorité de députés puisqu’il a fait élire 38 députés, l’opposition en comptant quant à elle 37, dont 25 du Parti socialiste galicien et 12 du Bloc nationaliste galicien. J’assiste à la période de questions à l’occasion de laquelle le Président de la Galice, désigné par le Parlement, participe à un exercice de « contrôle ». Le porte-parole principal du BNG au Parlement Carlos Aymerich Cano pose la première question et celle-ci est suivie d’une question du chef du Parti socialiste galicien. Je consate qu’en Galice, comme au Québec, cette période est bel et bien une période de questions puisqu’elle ne donne pas vraiment lieu à des réponses !

Après avoir été témoin de ce moment de la vie parlementaire galicienne, le député Aymerich vient me retrouver dans la galerie du public et m’amène à son bureau où nous échangeons sur la situtation politique en Galice et au Québec. Il connaît d’ailleurs le Québec pour y être venu en mission lui-même en janvier 2003 avec une délégation du Bloc nationalise galicien. Je l’ai d’ailleurs rencontré à cette occasion en ma qualité de président du Comité des relations internationales du Parti Québécois et les délibérations de cette rencontre du 9 janvier 2003 sont rapportées dans une brochure publiée par la Fundacion Galiza Sempre sous le titre Quebec : unha Nación – Aproximación á suá política e institucional. Nos discussions portent sur le système parlementaire galicien et notamment sur la question des votes de confiance au Parlement.


Une rencontre avec la présidente du Parlement, madame Pilar Rojo Noguera, est organisée par Carlos Aymerich Cano. Nous nous retrouvons dans le magnifique bureau de la présidente Noguera et je soulève avec elle une question qui me tient à cœur : le décorum parlementaire. Elle me fait savoir qu’il lui est très difficile de maintenir un tel décorum au Parlement de Galice et elle me dit être d’accord avec le principe selon lequel le comportement des parlementaires devrait toujours être dicté par le principe de la dignité. Hélas, cette dignité ne prévaut pas toujours et je lui indique que cette question a fait couler beaucoup d’encre au Québec ces derniers mois en raison des agissements des membres de l’Assemblée nationale.



Le député Carles Aymerich Cano, la présidente du Parlement de Galice
Pilar Rojo Noguera et Daniel Turp

Après la visite au Parlement, je partage un agréable déjeuner avec Xabier Macias et lui pose de nombreuses questions sur la vie interne du Bloc nationaliste galicien. Avec doigté et intelligence, celui-ci me parle des divers courants qui traversent le BNG, de ses générations de leaders et des perspectives d’avenir du parti. Je m’intéresse également à la fondation qu’il dirige et apprends qu’elle jouit d’un financement public dont le niveau est déterminé par le nombre de suffrages obtenus par le Bloc nationaliste gallicien à l’élection générale espagnole. Je lui demande par ailleurs conseil sur les quelques souvenirs que je pourrais rapporter à mes proches et qui me permettraient notamment de soutenir les artisans galliciens.

Le directeur de la Fundacion Galiza Sempre est de bon conseil car je trouverai de la faïence de Sargadelos dans une magnifique galerie de la grande entreprise culturelle sur la rúa Nova. J’y achèterai notamment une belle statuette de Castelao que je compte bien placer dans mon bureau à l’Université de Montréal en compagnie du livre dont Xosé Antón Bao m’ai fait don hier. Je me rends également au musée Azabache dont Xabier Macias m’a également recommandé la visite et j’y admire la beauté d’une spécialité de Compostelle, l’azabache (le jais ou l’ambre noire). L’azabache est une variété de lignite dure, noire et plane qui se prête bien au polissage. Des orfèvres galiciens offrent aujourd’hui aux pèlerins, comme ils le font depuis le XVe siècle, des objets-souvenirs, en particulier des bijoux. Cette pierre précieuse serait « magique » quand elle se présente comme une figa et prend la forme d’un poing refermé sur lui-même montrant un pouce qui ressort entre l’index et le majeur. Elle protégerait ainsi les personnes, en particulier les enfants et les personnes âgées, contre les mauvais sorts qui peuvent être jetées sur elles par le seul regard. Je me suis procuré une figa ainsi qu’un joli bracelet au Museo Azabache de Saint-Jacques-de-Compostelle que vous retrouverez sur la Praza de Cervantes…et qui vaut le détour !

Après ces agréables moments de tourisme culturel, je rentre à l’hôtel où je serai rejoint pas Xabier Macias. Il me dit connaître mon intérêt pour la musique et m’offre généreusement un album intitulé HEPTA du groupe galicien Berrogüetto qu’il a acheté dans une très jolie boutique O Pazo das Musas où la musique est à l’honneur et dont j’ai d’ailleurs léché la vitrine en après-midi. Je lui dis avoir bien hâte de l’écouter.

Ma deuxième intervention, traduite par l’interprète Ana Lulla, porte à nouveau sur « « Les droits collectifs et l’expérience du Québec » et se déroule à la salle de conférences de la Fondation Caixa la Galice située dans un édifice industriel de la ruá do Vilar qui a fait l’objet d’un magnifique recyclage à caractère patrimonial. Après les présentations de Xosé Manuel Beiras et Carlos Aymerich avec lesquels je suis à nouveau réuni, je fais porter mon allocution sur le droit de choisir qu’a conquis le Québec, mais pour lequel il doit continuer de lutter pour préserver sa liberté de déterminer son statut politique et assurer son développement économique, social et culturel. Plusieurs questions viennent de l’auditoire après l’allocution et un échange fort intéressant sur le contenu des questions posées aux Québécois et Québécoises lors des référendums du 20 mai 1980 et du 30 octobre 1995 a lieu avec le constitutionaliste Xavier Vilhar Trilhol. Je poursuis d’ailleurs l’échange avec ce professeur de l’Université de Santiago de Compostela après la conférence et nous nous promettons de maintenir le contact. La soirée se termine autour d’un bon repas en compagnie de Xosé Manuel Beiras à l’occasion duquel la question de l’avenir de la Galice et du Québec est abordée, mais où il est aussi question de culture, et notamment de poésie et de musique qui se révèlent des passions communes.


Daniel Turp et Carlos Aymerich à Fondation Caixa la Galice
Photographie : Tania Ameneiro

En rentrant à mon hôtel, je m’empresse d’écouter le disque que m’a gentiment offert Xabier Macias et découvre une musique dont les rythmes et l’atmosphère ont beaucoup en commun avec ceux de groupes québécois, et notamment avec celle de Beau dommage. Je découvre une voix d’une beauté saisissante, celle de la chanteuse Guadi Galego, et retrouve sur la Toile un vidéo de la chanson Setestrelo que je vous recommande de voir pour apprécier cette musique en cliquant ici. J’y découvre aussi une autre chanson où la voix de Guadi Galego est mariée à celle de Xabier Díaz, qu’accompagne le guitariste Guillerme Fernández. Le blogueur lyrique que je suis apprécie l’Astronauta Lírico que vous pourrez entendre en cliquant ici et dont les paroles sont si belles…et rappellent « Eu, astronauta lirico em terra, Indo a teu lado, leve, pensativo »  ( Moi, astronaute lyrique, sur terre, à tes côtés, léger et pensif).

La valise attendra à demain ! Elle sera prête lorsqu’Alvaro Alonso, mon conducteur et champion de Formule I, me prendra à 9 h 30 à l’Hôtel Rúa Villar pour m’amener à l’aéroport de Vigo. C’est ainsi que prend fin cette dernière journée d’une mission au Galice qui m’a permis de découvrir une autre nation qui lutte pour sa liberté et à l’occasion de laquelle j’ai exprimé la solidarité de la nation québécoise. Un grand merci à Xabier, Manuel, Carlos, Tania et aux autres. Vive la Galice ! Sempre en Galiza ! Galiza Sempre !



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