Le 5 mai 2009, j’ai participé à Édimbourg le 5 mai 2009 à un séminaire sur l’indépendance et l’identité organisé par le ministre écossais Michael Russell. Titulaire des portefeuillles de la Culture, des Affaires extérieures et de la Constitution au sein du premier gouvernement indépendantiste écossais dirigé par le First Minister Alex Salmond, celui-ci a été chargé à ce titre de donner un élan à la « National Conversation ». Lancée en août 2007, cet exercice vise à permettre, comme l’énonce le document Choosing Scotland’s Future: A National Conversation: Independence and Responsibility in the Modern World, « au peuple d’Écosse d’examiner toutes les options relatives à l’avenir de leur pays et de prendre des décisions informées » (traduction).
Le ministre Russell, qui a été parmi les premiers députés du Scottish National Party (SNP) élus au nouveau Parlement écossais le 6 mai 1999 et que j’ai connu alors qu’il occupait- au lendemain de sa défaite électorale du 1er mai 2003- la fonction de directeur general du SNP, s’intéresse à la situation politique du Québec et à l’évolution de son mouvement indépendantiste. Dans cette perspective, il souhaitait que partage avec ses conseillers, et avec d’autres universitaires, les leçons de l’expérience québécoise.
Gouvernées par le Chatham House Rule en vertu de laquelle « les participants sont libres d’utiliser l’information reçue, mais ni l’identité ni l’affiliation des conférenciers, ni celle d’aucun autre participant, ne peuvent être révélées » (traduction), je ne suis pas en mesure de révéler le contenu des interventions du ministre et des autres personnes présentes. Je suis autorisé à reprendre ici quelques remarques que j’ai formulées à cette occasion.
J’ai exprimé l’idée générale selon laquelle le projet d’indépendance nationale mérite aujourd’hui d’être abordée davantage sous l’angle de son contenu identitaire que de celui de sa mécanique référendaire. J’ai souligné notamment les initiatives récentes du Parti Québécois ayant notamment conduit à la présentation d’un projet de Loi sur l’identité québécoise et d’un projet de Constitution québécoise et l’accueil favorable qui avait été réservé à ces projets dans l’opinion publique.
J’ai insisté également sur l’importance devant être accordée à la dimension internationale d’un projet de pays et l’attrait que suscite notamment auprès des jeunes l’argument voulant que l’indépendance nationale procurerait une véritable « identité internationale » et aurait comme conséquence, comme l’a affirmé le Manifeste pour la souveraineté adopté par le Parti Québécois, que « nous parlerons et agirons en notre nom sur la scène internationale ». S’agissant de l’Écosse et faisant référence à une exposition sur les identités européennes que j’ai vu à Paris la semaine précédente, j’ai d’ailleurs fait remarquer à mes interlocuteurs que l’identité européenne de l’Écosse était passée sous silence dans cette exposition et que seule l’accession à l’indépendance permettrait à l’Écosse de devenir membre de l’Union européenne et de voir son identité européenne véritablement reconnue.
Un débat intéressant a eu lieu sur la questions des institutions d’une Écosse indépendante et d’un Québec indépendant, et en particulier sur les institutions de télédifussion et de radiodiffusion. L’importance de la BBC en Écosse et de Radio-Canada au Québec m’a amené à rappeler l’importance pour l’Écosse et le Québec de se doter d’institutions nationales dans le domaine des communications. J’ai rappelé l’existence de Télé-Québec et d’un Mouvement Radio-Québec proposant la création d’une radio publique québécoise.
Le gouvernement du Scottish National Party ayant l’intention de présenter un projet de loi sur le référendum, dont il a d’ailleurs inclus un modèle (Referendum (Scotland) Bill) dans le document Choosing Scotland’s Future, j’ai rappelé le choix qu’avait fait le gouvernement de René Lévesque de faire adopter une Loi sur la consultation populaire de portée générale. Tout en indiquant l’importance de mettre en place une infrastructure juridique pour permettre à la population de s’exprimer sur le statut politique d’une nation, j’ai indiqué que le progrès vers l’indépendance nationale sera assuré par des gestes visant à consolider l’identité nationale et internationale et à donner aux citoyens et citoyennes « le goût du pays ».